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Le point sur les étiquettes alimentaires

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Dans le pays où tout le monde se plaint d’être rapidement « étiqueté » par les autres, qu’en est-il des étiquettes alimentaires, notamment nutritionnelles ?

Voilà un sujet qui n’a pas fini d’être débattu… Et à la fois sur la forme et le fond ! Sur la forme : d’un côté, les préoccupations écologiques militent en faveur d’une réduction des emballages alimentaires et donc forcément de l’espace disponible sur les produits manufacturés pour donner des informations, notamment nutritionnelles. De l’autre côté, les politiques de Santé Publique concernant la nutrition et les affections liées (obésité, maladies cardiovasculaires…) nécessitent une plus grande transparence sur le plan nutritionnel. Que faire ? Pour ma part, même si l’étiquetage nutritionnel est aujourd’hui difficile à comprendre et pas très utile concrètement pour les consommateurs, je pense qu’un étiquetage minimal devrait être obligatoire. D’ailleurs, c’est un exemple de domaine dans lequel nous sommes en retard : l’étiquetage nutritionnel n’est pas obligatoire en France actuellement pour les aliments de consommation courante (et il ne va apparemment pas le devenir), alors qu’il est généralisé depuis très longtemps aux USA, en Grande-Bretagne, en Australie… L’étiquetage nutritionnel est important par souci de transparence et il est utile pour les professionnels de santé, ainsi que pour les consommateurs qui sont suivis par des professionnels de la nutrition (diététiciens, médecins endocrinologues-nutritionnistes). Il sera également utile quand les consommateurs seront mieux informés et éduqués sur la nutrition et les besoins nutritionnels, c’est-à-dire pour les générations futures (en effet, l’éducation à la nutrition et à l’équilibre alimentaire s’installe progressivement dans les programmes scolaires).
Sur le fond : sur le contenu des étiquetages nutritionnels, il est actuellement difficile à comprendre et à interpréter. Même s’il est intéressant de pouvoir consulter l’apport calorique d’un aliment, il n’est pas utile de le connaître par coeur car l’équilibre alimentaire ne dépend pas du nombre de calories ingérées. Les teneurs en protéines, lipides et glucides sont intéressantes, car il faut une bonne répartition entre ces trois types de nutriments pour avoir un bon équilibre alimentaire (concernant les teneurs en vitamines, minéraux, fibres, sodium…, il faut être encore plus calé en nutrition pour pouvoir les comprendre et les interpréter). Mais les consommateurs ne connaissent pas les quantités de protéines, lipides et glucides dont ils ont besoin chaque jour et ces chiffres ne peuvent pas être donnés de manière générale puisque chaque individu a des besoins nutritionnels différents en fonction de son sexe, de son âge, de sa corpulence, de son activité physique etc. Certains industriels et magasins ont depuis quelque temps instauré des repères sur les emballages de leurs produits alimentaires pour que les consommateurs sachent ce que la consommation d’un produit leur apporte par rapport aux besoins nutritionnels quotidiens moyens. À mon sens, cette méthodologie pertinente dans le principe pose tout de même trois problèmes :
1/ Chaque individu a des besoins nutritionnels différents : il n’est donc pas logique d’utiliser des moyennes, qui ne sont pas du tout personnalisées.
2/ Les industriels et les magasins qui ont instauré ces repères n’ont pas tous choisi les mêmes (ex. : certains industriels se basent sur la consommation de 2 000 kcal/jour, d’autres sur 2 200 kcal/jour) et ils ont créé des logos et repères visuels différents les uns des autres.
3/ Ces étiquetages indiquent désormais que la consommation d’une portion de X g de tel produit couvre Y % des besoins nutritionnels en glucides, etc. Mais si vous consommez une portion du produit qui ne pèse pas X g, vous devez refaire des calculs pour savoir quelle est la couverture de vos besoins nutritionnels. En l’état actuel des choses, je pense donc que les étiquetages qui essayent de donner des repères de consommation nutritionnelle en exprimant des chiffres et des pourcentages ne sont pas nécessaires pour les consommateurs. Par contre, donner des exemples de menus équilibrés sur les emballages des produits alimentaires est beaucoup plus utile, car concret. Des groupes de travail se sont mis en place au niveau européen pour améliorer les étiquetages nutritionnels des aliments et les allégations nutritionnelles (les mentions précisant sur les produits « source de… », « riche en… », « pauvre en… ») ; espérons qu’ils aboutiront à des idées concrètes qui permettront aux consommateurs de mieux comprendre et apprécier la nutrition !